Avec 71% de porteurs de lunettes de vue, la France est loin devant la moyenne européenne, qui est de 63%. Un chiffre moins élevé du côté des lunettes de soleil avec 49% de porteurs contre 56% en Europe (Source Gfk).

On retrouve la trace des premières, comme aide contre les déficiences visuelles, dès le Xème Siècle dans le « Traité d’optique » du Mathématicien Ibn Al Haytam dit Althazen (965-1040). Puis Outre Manche, en 1268, dans « l’Opus Majus », du moine franciscain, Roger Bacon. Enfin, ce sont les Italiens au XVème Siècle qui découvrent l’utilité des verres à surface concave, pour corriger la myopie (vision de loin), et à surface convexe, contre la presbitie (vision de près). Les premiers écrits, concernant des troubles de la vision, et le fait de grossir les images pour mieux cerner les détails, remontent à l’Antiquité. Benjamin Franklin, père fondateur des Etats-Unis, est l’inventeur des verres à double foyers, en 1780.

Mais c’est bien en France, dans le Jura, précisément dans la région de Morez (39), qu’en 1796, la lunette tel qu’on la connait, aujourd’hui, est née, grâce au génie de Pierre-Hyacinthe Cazeaux, spécialisé dans la fabrication de clous à épingles.

L’histoire raconte qu’après avoir cassé, en travaillant, ses lunettes, trop chères, venues d’Angleterre, il décida d’en fabriquer lui même, et inventa la première monture en fil de fer, appelée alors, « lunettes fils » ou « lunettes cheveux », aux cotés des « pince nez ».

Avec ses minerais de fer à proximité, ses forêts défrichées pour alimenter le feu de la fonte et l’énergie hydraulique de la Bienne pour actionner les martinets de la forge, ce territoire présente les atouts nécessaires à l’installation d’activités métallurgiques. C’est le début de l’industrialisation de la lunette « Made In France ».

C’est pour ce savoir-faire, unique et historique, transmis de génération en génération, couplé à de nombreuses innovations technologiques, que nous avons décidé, chez maison Baylé, de faire confectionner notre collection de solaires, auxquelles nous allons nous intéresser ici, dans ce berceau lunetier.

Elles font leur première apparition chez les inuits, esquimaux de l’arctique, sous forme de montures scupltées, en ivoire, en os, ou en bois, avec deux minces fentes pour le regard, appelées lunettes de neige. Elles ont pour but de ne pas abimer la rétine.

En Chine, au XIIème Siècle, les juges, utilisaient deux plaques en quartz naturellement colorées, pour cacher leurs émotions au cours des interrogatoires tout en se protégeant des fortes luminosités.

Au Moyen-Âge, certains recouvraient leurs « Besicles » d’une étoffe sombre pour protéger chaque oeil.

Au XVème Siècle, les années « Syphilis », dont l’un des symptômes est l’hyper sensibilité à la lumière, la lunette de soleil se répand, elle sert aussi à cacher les visages déformés des malades.

Bien qu’il semblerait que durant l’Empire Romain, Neron (37-68), observait les combats des gladiateurs, à travers des émeraudes polies, elles apparaissent en Italie, au XVIIème Siècle à Venise plus précisément. Les Doges de Venise, dirigeants de la cité, qui se déplaçaient uniquement en gondole sur la lagune, portaient des lunettes dites « Goldoni ». Leurs verres, de Murano bien sur, étaient verts, et leurs montures permettaient de poser des protections latérales en soie (paraoci). Elles servaient à la fois pour se protéger des UV (notion découverte plus tard en 1801 grâce aux recherches d’Isaac Newton), et pour parader, alliant ainsi, déjà, style et pratique !

Elles connaissent ensuite leur essor, au XVIIIème Siècle, sous l’impulsion du Britannique, James Ayscough, qui, en 1752, découvre l’utilité des verres teintés contre l’amétropie, et teinte les binocles de vert ou de bleu. Leur apparition tardive, en Europe, semblerait, être due, à l’omniprésence des chapeaux, pour se protéger du vent et du soleil, à cette époque.

Quand aux branches, d’abord faites de rubans de soie, elle deviennent solides, appelées tempes (particularité dûe au port des perruques), en 1752, inventées par Edward Scarlett. On parle de « conserves », les lunettes ont alors vocation à soulager les yeux de la lumière, de la fatigue ou de la cataracte.

Elles se démocratisent ensuite au cours de la première guerre mondiale, quand , en 1917, l’italien, Giuseppe Ratti, créé des solaires répondant aux exigences de confort des aviateurs et pilotes sportifs, comme Juan Manuel Fangio. Sa marque plus connue sous le nom de Persol sera ensuite portée par Steve Mcqueen dans « The Affair Thomas Crown » (714 et 419) ou Marcello Mastroainni dans « La Dolce Vita » et plus récemment Daniel Craig dans James Bond (2720, 2244, 714).

Dans l’histoire Moderne, c’est l’irlandais, Sam Foster, et sa marque Foster Grant, qui en 1929, ouvre la première boutique de lunettes de soleil, sur le boardwalk d’Atlantic City aux Etats-Unis et donne au grand public l’opportunité de se parer de cet accessoire de mode. A grands coups de publicité, il donna à la lunette de soleil, l’aspect chic qu’on lui connait aujour’hui.

Puis, l’US Air Force, après un accident de Montgolfière de son pilote d’essai, John Arthur Mcready, commande au laboratoire Bausch and Lomb, en 1936, des prototypes destinés à ses pilotes, au départ en bois, puis face au succès, elles furent produites en métal. En 1937, la marque Ray Ban (littéralement rejet des rayons) était née et avec elle, ses fameuses « Aviator », double pont, première monture anti-aveuglante. A la fin du second conflit mondial, les soldats américains, les portent fièrement, pendues au col de leur chemise, une fois victorieux. Ils les rendent alors populaires auprès des Européens qui commencent à vouloir s’approprier « L’American Way of Life ». Notons le film « l’Équipée Sauvage » avec Marlon Brando, mettant aussi ce modèle à l’honneur, Tom Cruise dans « Top Gun » ou encore Johnny Depp dans « Donnie Brasco ».

De nouvelles techniques, matières, styles, formes et protections arrivent ensuite. Le plastique pour plus de légèreté, le métal pour la durabilité et les verres pour plus de clarté. Le Géant Américain lança son modèle « Wayfarer » en 1952, porté par les Blues Brothers, Jack Nicholson, James Dean dans « la Fureur de Vivre » ou encore plus récemment Tom Cruise dans « Risky Business ». « . Le modèle Bowline (clubmaster) a aussi traversé les années.

En France, retournons dans le Jura, Georges Lissac, fils du député-maire de Morez, ouvre en 1938, le premier « mégastore » optique, Rue de Rivoli. Il fonde ensuite les marques Amor (Optique) et Sol-Amor (Solaires) et crée le première verre amortissant (AMOR) en 1948. Puis, après 39 tentatives, le verre incassable (OMAR CR39), toujours présent dans la gamme ESSILOR, né de la fusion entre son concurrent Essel et Amor. Dans le film « A Bout de Souffle », Jean Paul Belmondo porte le modèle « AMOR A ». La marque fut également portée par le Prince Rainier, Johnny Depp, Brad Pitt, Luchino Visconti, Gilbert Bécaud, Maurice Chevalier, Hugues Auffray, Léon Zitrone, Antoine de Caunes, Fabrice Luchini, Françoise Hardy et même chantée par Charles Treinet.

Les années 50 marquent les débuts des congés payés et de la consommation de masse faisant des lunettes de soleil, un accessoire indissociable de la période estivale, considérées comme un bijou du visage. On note au cours de ces années la création de la marque Carrera, notamment portée par Tony Montana, alias Al Pacino, dans la saga Scarface.

Les lunettes sont un accessoire souvent unisexe à quelques exceptions près. Chez les femmes, les CatEye font déjà fureur dés les années 40 aux yeux d’Audrey Hepburn (de la marque Oliver Goldsmith) ou Elizabeth Taylor, tandis que les formes surdimensionnées apparaissent dans les années 60/70, popularisées par Jacky Kennedy Onassis (du designer français Pierre Marly, également à l’origine des lunettes de Michel Polnareff ou Serge Gainsbourg) ou encore Bianca Jagger au Studio 54. Quand John Lennon rendait Populaire les Tea Shades.

Accessoire porté par les célébrités de la rue aux podiums sous l’influence des designers du monde entier, elles servent tant à rester incognito, à camoufler votre regard fatigué des nuits de fêtes, qu’à protéger les yeux des flashs aveuglants des paparazis (historiquement en magnésium). C’est l’occasion pour les maisons de luxe et haute couture des années 80 à aujourd’hui, de les affubler de logos et de signes parfois voyants, à tort, pour en faire un symbole de richesse « m’as-tu-vu ».

Autre innovation technique, en 1937, Edwin Herbert Land, invente le premier verre polarisé, pour améliorer les couleurs et les contrastes, tout en offrant des perpectives saisissantes. Cette invention ne servit pas uniquement l’industrie lunetiere, mais également la photographie, où la marque Polaroid est toujours présente aujourd’hui.

Les verres minéraux photochromatiques (inrayables mais bloquant uniquement les UVB), apparaissent en 1960 quand les verres organiques, filtrant 100% des UVA et des UVB, utilisés sur les montures maison Baylé, arrivent en 1990. Privilégiez les seconds. Parallélement, a ne pas confondre avec les rayons UV, vos lunettes de soleil doivent vous protéger des rayons visibles, ainsi elles sont classées par catégorie de 1 à 4 ou classe de A à D. Plus la teinte du verre est sombre, mieux vous êtes protégés. La catégorie 4 ou classe D est réservée aux activités de montagne et prohibée pour la conduite. Les notre sont catégorie 3 ou classe C sur lesquels nous ajoutons un traitement anti-reflets, sur la partie intérieur du verre, pour éviter tout éblouissement, notamment pour la conduite sur route mouillée ou enneigée.

Finalement, plus qu’un accessoire pratique, ou même de mode, les lunettes, et d’autant plus les solaires, sont le reflet de votre personnalité. Elles peuvent être gages de votre élégance, de votre dureté comme de votre gentillesse, de votre optimisme comme de votre réalisme. Pour cela, leur forme doit être en harmonie avec la forme de votre visage :

-Visage Ovale : Toutes les montures conviennent à condition d’être aussi larges que le visage. -Visage Rond : Les lunettes de forme carrée avec des montures aux angles prononcés sont à privilégier afin d’allonger le visage. -Visage Carré : Optez pour des lunettes arrondies ou ovales aux montures légèrement incurvées pour atténuer les angles. -Visage Triangulaire : Choisissez une monture colorée plutôt grande avec des verres en formes de gouttes ou une monture angulaire avec des verres hauts. -Visage en Coeur : Privilégiez les lunettes de forme carrée et évitez les détails visuels sur les branches. -Visage Diamant : Toutes les formes conviennent également ici, avec une préférence pour les montures plus hautes que larges.

N’oubliez pas de prendre en considération la couleur de votre peau et de vos cheveux, l’écartement de vos yeux, la taille et hauteur de vos sourcils et pommettes, la forme de votre nez , de vos lèvres et votre carnation.

Anecdotiquement, la ville de Morez, dans le Jura, a aussi fait évoluer les masques « loup » et « demi-loup » destinés à l’industrie automobile, la marque Cébé d’abord dés 1899, pour les courses de Carl Friedrich Benz (les amateurs, comme moi, apprécieront), puis Léon Jeantet, en 1929, brevette les « aviator goggles », en soie d’abord, puis en tissu et finalement en cuir ou caoutchouc.

Sportivement toujours, le champion olympique de descente, aux Jeux Olympiques de Squaw Valley en 1960, Jean Vuarnet, rendit célèbre à cette occasion, avec sa marque éponyme, le modèle « Skylinx », et inventa le masque de ski que l’on connait aujourd’hui.

Découvrez alors, notre collection de lunettes de soleil, confectionnée dans le Haut-Jura, selon la tradition artisanale, datant du XVIIIème Siècle, en combiné d’acétate et de métal, comme 40% de la production jurassienne aujourd’hui. Ainsi nous mettons à l’honneur l’industrie plasturgique et sa capitale, Oyonnax, et l’histoire du travail du métal de cette région Française depuis Pierre-Hyacinthe Cazeaux. La précision de travail du métal perdure aujourd’hui également grâce à la présence de nombreuses manufactures horlogères, de luxe, bien connues, dans le Jura Suisse voisin. Malheureusement, la Suisse étant un petit paradis, elle est aussi la raison de la fuite de main d’oeuvre, hautement qualifiées, formées au LPO de Morez.

Nous avons choisi des formes rétros, dans une grande variété de coloris, tant un niveau de l’acétate, du métal, que des verres, dans des formats compatibles avec l’immense majorité des visages. Leur nom, que vous pouvez retrouver à l’intérieur des branches, tout comme les informations concernant la taille, et la mention Made in France, évidemment, sont inspirés de la Dolce Vita, avec des villes et îles qui nous inspirent.

Ainsi acheter des lunettes maison Baylé, en plus de vous donner du style, en vous protégeant du soleil, c’est aussi faire perdurer un savoir faire, menacé par la concurrence Italienne, notamment le géant Luxottica, fusionné avec Essilor en 2017, qui détient de très nombreux contrats de licences de marques, et par l’essor des pays Asiatiques à coût de main d’oeuvre dérisoire. Le Syndicat des lunetiers du Jura comptait en 2019, 31 membres, y compris les sous-traitants.

Nous reviendrons prochainement, sur les différentes étapes, pas à pas, de leur fabrication.

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